lundi 20 mai 2013

Tunisie : un militant d'Ansar Al-Charia est mort

Les autorités tunisiennes redoutaient le pire après la décision du gouvernement d'interdire le congrès du mouvement salafiste Ansar Al-Charia prévu dimanche à Kairouan et la volonté de ce dernier de le maintenir. Des affrontements ont effectivement éclaté dimanche midi entre policiers et salafistes à la cité Ettadhamen, en banlieue ouest de Tunis, où Ansar Al-Charia a appelé ses militants à se réunir faute de pouvoir se rendre à Kairouan (150 kilomètres au sud de Tunis).

Un manifestant d'Ansar Al-Charia qui participait aux affrontements dans ce quartier est mort des suites de ses blessures, a indiqué à l'antenne de la radio Express-FM une responsable de l'hôpital dans lequel le jeune homme est décédé. La surveillante générale de l'hôpital Mongi Slim de la Marsa, Mounira Ben Ghazi, a identifié le défunt comme étant Moez Dahmani, né en 1986. Elle a précisé qu'il était mort des suites d'une blessure par balle. Le porte-parole du ministère de l'intérieur, Mohamed Ali Aroui, a confirmé le décès.Un salafiste tunisien embrasse le drapeau arborant la chahada : "Il n'y a qu'un seul Dieu et Mohammed est son prophète".
Lire le portrait de l'organisation : Ansar Al-Charia, le djihadisme au défi de la Tunisie
En outre, "onze agents de sécurité ont été blessés, dont un grièvement, ainsi que trois manifestants, dont un est gravement blessé", a annoncé plus tôt le ministère de l'intérieur, qui évoque "plus de 700 (...) islamistes extrémistes" équipés de"mélanges incendiaires, de projectiles et d'armes blanches". Le ministère, qui a évoqué un "retour relatif au calme", n'a pas donné de précisions sur la nature des blessures ni sur le nombre d'émeutiers interpellés. Vers 19h00 heure locale (18h00 GMT), des affrontements sporadiques avaient encore lieu dans desbanlieues de Tunis mais la police semblait reprendre le contrôle de ces quartiers, selon un journaliste de l'AFP sur place. Le porte-parole d'Ansar Al-Charia, Seifeddine Raïs, a été arrêté, selon son organisation et une source sécuritaire.
BARRICADES ET MOLOTOV
Pour protester contre l'interdiction de leur rassemblement, des centaines de salafistes ont érigé à la mi-journée des barricades à l'aide de pneus en feu dans les rues du quartier Ettadhamen, et jeté des pierres sur les policiers. La police a répliqué avec des tirs de sommation et de lacrymogènes puis déployé des blindés et des bulldozers pour disperser les militants et détruire les barricades.
Les policiers ont réussi dans un premier temps à disperser les militants de la cité Ettadhamen, mais les émeutiers se sont repliés vers le quartier voisin d'Intilaka, où les heurts continuaient peu avant 16h00 (15h00 GMT). Les forces de l'ordre n'ont pas réussi à prendre le contrôle de cette banlieue populaire et répliquaient par des salves de gaz lacrymogènes aux cocktails incendiaires jetés par les manifestants. Certains disposaient également d'armes blanches.
Contrôle policier sur la route de Kairouan, samedi.
Le même type d'incidents a été signalé à Kairouan où des militants, barricadés derrière le mur d'enceinte d'une mosquée du quartier Bab Achouhad, dans le centre-ville, ont jeté des pierres sur la police, laquelle a répliqué avec des gaz lacrymogènes. La plupart des commerçants de la ville, anticipant des violences, avaient fermé leur boutique. Le calme était revenu vers 16h00 heure locale et le dispositif sécuritaire en centre-ville a été allégé.
"MENACE POUR LA SÉCURITÉ ET L'ORDRE PUBLICS"
Le gouvernement tunisien, qui a reconnu, au début de mai, la présence de groupes armés d'Al-Qaida sur son territoire, a décidé vendredi d'interdire le rassemblement annuel d'Ansar Al-Charia ("Partisans de la charia") "en raison d'une violation de la loi et de la menace qu'il représente pour la sécurité et l'ordre publics", a indiqué le ministère de l'intérieur. Le premier ministre, Ali Larayedh, a estimé que le mouvement salafiste est "impliqué dans le terrorisme". "Ansar Al-Charia est une organisation illégale qui défie et provoque l'autorité de l'Etat", a-t-il ajouté à la télévision d'Etat dimanche soir.
Le chef du mouvement, Saïf Allah Ben Hussein, dit Abou Iyadh, est un vétéran d'Afghanistan ayant combattu avec Al-Qaida. Il est en fuite depuis l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis en septembre, les autorités le considérant comme l'organisateur de cette manifestation qui avait dégénéré en affrontements (quatre morts parmi les assaillants).
Faisant fi de la décision du gouvernement, le mouvement, qui a menacé les autorités d'une "guerre" la semaine dernière, a toutefois décidé de maintenir son congrès : les 40 000 militants que revendique le mouvement étaient appelés à se réunir quand même dimanche devant la grande mosquée de Kairouan, le centre spirituel et religieux de la Tunisie, après la prière de l'après-midi.
Entrée de la ville de Kairouan, dimanche 19 mai.
C'était compter sans l'impressionnant dispositif policier et militaire qui barrait toutes les routes menant à cette ville. Les forces de sécurité étaient également déployées dans d'autres villes du pays, notamment à Tunis, où les patrouilles se sont multipliées depuis vendredi soir dans les quartiers considérés comme des bastions d'Ansar Al-Charia. Des médias tunisiens ont fait état d'interpellations de militants salafistes à Kairouan et dans d'autres villes.
DES QUARTIERS DE TUNIS OÙ LE MOUVEMENT EST TRÈS IMPLANTÉ
Devant la situation, et sans annuler son congrès, le mouvement salafiste a demandé en fin de matinée à ses partisans éloignés de renoncer à venir vu "la gravité de la situation sécuritaire".
"A l'attention de nos frères qui viennent à Kairouan depuis les autres régions (...), la direction d'Ansar Al-Charia vous informe de la nécessité d'annuler tous ces voyages vu la gravité de la situation sécuritaire", a indiqué le mouvement sur sa page Facebook, ajoutant que cet ordre concernait "en particulier ceux qui venaient en bus de la cité Ettadhamen et d'Al-Intilaka" deux quartiers près de Tunis où ce mouvement est très implanté. C'est là qu'ont éclaté les premiers affrontements dimanche après-midi.
Samedi, un appel à la retenue a également été diffusé par Abou Yahia al-Shanqiti, membre du comité d'Al-Charia d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), à l'adresse des militants salafistes tunisiens. "Ne vous laissez pas provoquer par le régime et son barbarisme pour commettre des actes imprudents qui pourraientaffecter le soutien populaire dont vous bénéficiez", a-t-il déclaré, cité par le centre américain de surveillance de sites islamistes SITE. Le chef d'AQMI a loué la mouvance salafiste djihadiste en Tunisie, l'appelant à "continuer ses bonnes actions qui sont en train de porter leurs fruits". "Soyez des gens de sagesse et de patience", a-t-il déclaré à leur adresse.
La Tunisie a vu, depuis la révolution de 2011, se multiplier les violences orchestrées par la mouvance salafiste. Le pays est aussi déstabilisé par une profonde crise politique et le développement des conflits sociaux face à la misère. Le parti islamiste au pouvoir Ennahda a longtemps été accusé de laxisme pouravoir toléré les groupuscules salafistes djihadistes. Il a cependant considérablement durci sa position après que seize militaires et gendarmes ont été blessés par des mines posées par des groupes armés traqués à la frontière avec l'Algérie. L'état d'urgence, qui donne des pouvoirs accrus à l'armée et aux forces de l'ordre, est en vigueur en Tunisie depuis janvier 2011 et la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali.

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