vendredi 3 mai 2013

Primes en liquide : les déclarations de Guéant "font rire la police"


L'ancien ministre de l'Intérieur affirme avoir bénéficié, jusqu'en 2006, de "primes de police" en espèces. Claude Guéant lors de sa campagne législative, le 24 mai 2012, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). info a cherché la trace de tels versements.


Claude Guéant paraît bien seul pour étayer sa défense. Déjà mis à mal dans son argumentation sur la vente de deux tableaux à l'étranger, l'ancien ministre de l'Intérieur est empêtré dans un second volet de l'"affaire Guéant", portant cette fois sur des primes en espèces dont il aurait bénéficié, notamment entre 2002 et 2004. Des sommes de "20 à 25 000 euros", propres au ministère de l'Intérieur, sans lien avec les primes de cabinet qui se pratiquaient ailleurs.
Il en a précisé les contours, jeudi 2 mai, dans une interview au site du Parisien. Il s'agissait, selon lui, de "frais de police""supprimés en 2006", qui étaient "à la base d’un régime spécifique de paiement de primes en liquide qui bénéficiait à des milliers de fonctionnaires, (...) dont les membres de cabinet". Francetv info a décortiqué cette explication, révélatrice de la fragilité de la défense de Claude Guéant. 

Les frais de police versés en liquide : "vrai"

Appelées officiellement "frais d'enquête et de surveillance", ces sommes existent bien. Elles ont "vocation à faciliter le fonctionnement des services de police judiciaire dans le cadre des enquêtes", explique à francetv info Céline Berthon, secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). Dans le cadre d'une filature, un policier peut ainsi être amené à payer un ticket de parking ou une consommation dans un bar ; les frais de police lui permettent d'en obtenir le remboursement. 
"Ce sont les seules sommes qui sont versées en liquide aux policiers", affirme à francetv info Christophe Rouget, porte-parole du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure. "Des sommes infimes", insiste-t-il.

Les frais de police versés aux membres de cabinet : "étonnant"

Alors que Claude Guéant affirme avoir bénéficié de ces frais comme "des milliers de fonctionnaires (...), dont les membres de cabinet", les syndicalistes policiers font part de leur surprise. "On ne peut que s'en étonner", selon Christophe Rouget, qui ajoute que ces déclarations font "rire tout le monde dans la police". Ses homologues du SCPN et de l'Unité-SGP Police confirment ne pas avoir "connaissance d'un tel système de primes" au sein de l'enveloppe allouée aux frais de police.
Qu'en disent les principaux intéressés, membres comme Claude Guéant d'un cabinet du ministère de l'Intérieur avant 2006 ? Conseillère de Nicolas Sarkozy place Beauvau de 2002 à 2004, "Rachida Dati n'a jamais touché de primes en liquide", affirme son entourage au Monde. Même discours de la part de Chantal Jouanno, présente au ministère à la même époque : "Je ne touchais que des primes sur mon compte bancaire ; rien en liquide", assure-t-elle au Mondetout comme un autre membre du cabinet, en fonction, lui, en 2004 et 2005.
Aucun lien notable, donc, entre les cabinets ministériels et ces fameux frais de police. Le contraire serait étonnant, dans la mesure où "ces fonds sont gérés par le directeur général de la police nationale [DGPN]", explique au Monde l'ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant. "La DGPN était autonome et on ne donnait pas au cabinet du ministre l'enveloppe dédiée à la police ; en aucune circonstance."

Les frais de police supprimés en 2006 : "faux"

Claude Guéant a-t-il mis fin aux frais de police, comme il l'affirme ? "Non, selon le syndicaliste Christophe Rouget, ils existent toujours." En revanche, le système a été clarifié, lors d'une vaste réforme. Claude Guéant lui-même s'en souvient, évoquant sur le site du Parisien "une négociation d'une extraordinaire complexité avec les organisations syndicales". La date de 2006 vient-elle de là ? Non plus, car la réforme a été menée en 2004, comme s'en sont alors fait l'écho les sites de L'Express et TF1.
"Auparavant, les frais d'enquête étaient mêlés à des primes plus ou moins liées à la performance, indique Christophe Rouget. Cela se faisait en espèces et manquait de transparence." Depuis, les primes sont imposables et directement versées avec le salaire, tout comme les indemnités de sujétions spéciales de police, liées à la pénibilité de l'emploi. Les explications de Claude Guéant suscitent en fin de compte plus d'incompréhension que de réponses.

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