samedi 18 mai 2013

Nigeria : vaste offensive contre la secte Boko Haram

Capture d'écran datant du 13 mai et issue d'une vidéo montrant Abubakar Shekau, chef présumé du groupe islamiste Boko Haram.
Le Nigeria semble vouloir en finir avec la secte islamiste Boko Haram. Des avions et des hélicoptères d'assaut ont bombardé vendredi plusieurs camps de rebelles islamistes dans lenord-est du pays et tué«des dizaines» de combattants, selon un porte-parole..
Une offensive terrestre d'envergure paraît être également en route. Des témoins sur place ont vu des camions remplis de soldats affluer à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno. Ancien fief de Boko Haram, la cité est depuis plusieurs semaines quadrillée par les forces de sécurité, mais les militants de la secte y sont toujours présents de façon clandestine.
L'opération militaire en cours est la plus importante depuis l'apparition de la secte Boko Haram («L'Éducation occidentale est un péché») en 2002. Le président Goodluck Jonathan est apparu à la télévision pour annoncer solennellement l'état d'urgence. Il a ajouté que des parties du territoire national échappaient au contrôle du gouvernement. Il a estimé que Boko Haram menait une «insurrection.»
« Jonathan a promis des troupes supplémentaires pour les trois États du Nord, mais on ne voit pas bien où il pourrait les trouver »
John Campbell, ex-ambassadeur américain
La zone d'influence de Boko Haram s'étend même au-delà du Nigeria, dans les régions frontalières du Cameroun, où la secte avait enlevé une famille française avant de les relâcher le 19 avril à l'issue de longues négociations.
La secte semble être la cible principale du gouvernement, étant donné la zone concernée. D'autres groupes plus radicaux, comme Ansaru, qui au contraire de Boko Haram se réclame de l'idéologie d'al-Qaida, opèrent dans des parties différentes du Nigeria.
Ces combattants pourraient profiter de l'offensive militaire pour agir pendant que l'armée est occupée ailleurs. Un commissariat a d'ailleurs été attaqué vendredi dans l'État de Katsina, loin de la zone de conflit. Un événement qui illustre les faiblesses de l'armée nigériane. C'est la deuxième fois en deux ans que l'état d'urgence est déclaré, et les connaisseurs du Nigeria se montrent dubitatifs. «Jonathan a promis des troupes supplémentaires pour les trois États du Nord, mais on ne voit pas bien où il pourrait les trouver» écrit l'ex-ambassadeur américain John Campbell dans un rapport publié le 15 mai par le Council on Foreign Relations, un centre de réflexion de Washington. Pour Campbell, l'état d'urgence n'apportera rien de plus. Selon le diplomate, Goodluck Jonathan aurait des arrière-pensées politiciennes. Il tenterait de répondre aux accusations de faiblesses dans la lutte contre les islamistes, dans la perspective d'une élection présidentielle difficile en 2014.
Le président doit aussi tenir compte des pressions de ses alliés internationaux, américains en particulier, qui le poussent à combattre ses islamistes, accusés de vouloir créer un ensemble djihadiste transfrontières au Sahel, en se connectant avec les radicaux du Mali et de l'Algérie. Mais Goodluck Jonathan aura sans doute du mal à réduire une rébellion éparpillée, et motivée autant par le ressentiment contre les élites corrompues que par l'idéologie religieuse.

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