mercredi 1 mai 2013

L'austérité est une catastrophe pour la santé, selon des chercheurs

Des manifestants protestent contre les coupes budgétaires dans le domaine de la santé, en septembre 2012, à Madrid (Espagne).

En Grèce, la baisse du budget consacré à la prévention du VIH s'est traduite par une explosion de 200% du taux de prévalence du sida en 2011.


Suicides, dépressions, maladies infectieuses, accès aux soins plus difficile, prévention limitée... La conclusion des chercheurs est sans appel : les politiques d'austérité ont des conséquences désastreuses en matière de santé publique en Europe et en Amérique du Nord.
L'économiste politique David Stuckler, de l'université d'Oxford, au Royaume-Uni, et Sanjay Basu, maître-assistant en médecine et épidémiologiste à l'université de Stanford, aux Etats-Unis, sont parvenus à cet accablant constat au terme d'une décennie d'études.

En Grèce, le sida explose et le paludisme revient

Dans un livre à paraître dans la semaine du 29 avril en anglais, The Body Economic : Why Austerity Kills, les deux chercheurs écrivent que plus de 10 000 suicides et jusqu'à un million de cas de dépression peuvent être directement associés à la crise économique et aux mesures de rigueur qu'elle a générées en Europe et en Amérique du Nord.
En Grèce, une statistique fait frémir : la baisse du budget consacré à la prévention du virus VIH s'est traduite par une explosion de 200% du taux de prévalence du sida en 2011, résultant en partie de la hausse de la consommation de drogues dans un pays où le chômage des jeunes atteint 50%. Le pays a également connu ses premiers cas de paludisme depuis des décennies après avoir réduit le budget consacré aux pulvérisations antimoustiques.
Aux Etats-Unis, plus de 5 millions de personnes ont perdu leur accès à la couverture maladie depuis le début de la crise, disent les chercheurs, tandis qu'en Grande-Bretagne, 10 000 familles sont devenues sans abri en raison de la politique d'austérité.

La dégradation de la santé n'est pas une fatalité

"Nos dirigeants politiques doivent prendre en compte les conséquences graves sur la santé de leurs choix économiques", insiste David Stuckler. L'économiste a déjà publié dans les revues de référence The Lancet et British Medical Journal les résultats de recherches qui établissent une corrélation entre l'augmentation des taux de suicides dans certains pays européens et l'austérité. Des études qui lient aussi la hausse des cas de sida aux coupes budgétaires ciblant les plus démunis.
Dressant un parallèle avec la crise économique de 1929 et d'autres évènements historiques, comme la chute de l'Union soviétique, les chercheurs ajoutent qu'une telle détérioration n'est en rien une fatalité. "Ce que nous montrons, au final, c'est que la dégradation de la santé n'est pas une conséquence inévitable des récessions économiques, dit Sanjay Basu. C'est un choix politique."

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