jeudi 16 mai 2013

La gauche presse Hollande de changer de cap

A la veille d'une conférence de presse décisive, la gauche presse François Hollande de changer de cap. (AFP)
Il l’avait promis: jeudi, François Hollande va tenir sa deuxième conférence de presse. Un exercice qu’il effectue tous les six mois. Une façon de faire le point régulièrement sur les engagements pris pendant la campagne.
Mais l’événement pourrait être moins agréable que prévu. La France vient d’entrer en récession, le chômage est à son pire niveau depuis 15 ans, et l’impopularité du président n’a jamais été si forte... Un contexte pénible pour le chef de l’Etat. Ce mercredi, il a affronté la Commission européenne, qui réclame à la France des réformes structurelles en échange d’une pression budgétaire moins accrue. La France a beau avoirobtenu un délai de deux ans pour descendre sous les 3% de déficit, la récession est passée par là. La pression demeure.

"La fermeté face à l'Europe"

Et les attentes sont grandes. En France, les réformes structurelles attendues par Bruxelles pourraient ne pas plaire à tout le monde. La gauche de la gauche ne cache pas sa déception: "On attendait de François Hollande qu’il revienne de sa rencontre avec la Commission et qu’il dise qu’elle propose des politiques imbéciles, puisqu’elle impose à la France des politiques drastiques comme elle les impose à la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, explique François Delapierre, secrétaire national du Parti de gauche. On attendait qu’il appelle à la résistance face à ces politiques, mais on ne se faisait pas d’illusions. François Hollande s’est rendu à cette rencontre comme il se serait rendu à un oral à l’ENA", déplore François Delapierre.
Même au sein du PS, certains pressent le président de "ne plus avoir peur et d’instaurer un nouveau rapport de force pour convaincre" l’Europe. "La stratégie des petits pas a échoué", explique Marie-Noëlle Lienemann, qui évoque "un bilan contrasté" de cette première année de quinquennat. "Aujourd’hui, j’attends de François Hollande qu’il ne se laisse pas dicter sa politique par Bruxelles. Il faut une inflexion de sa politique, et la reprise du rapport de force".

Le spectre du remaniement

Car de ce rapport de force dépend aussi la politique menée en France, rappelle la sénatrice. Et là aussi, l’inquiétude est partagée par de nombreux responsables de gauche. Ils appellent le chef de l’Etat à une certaine fermeté.
"Il faut qu’il tranche, a expliqué mercredi Gérard Collomb sur LCI. Il faut pour l’avenir avoir une ligne précise, une ligne claire. Il faut que le président raconte aux Français quelle est l’histoire." Le maire de Lyon réclame "la fermeté dans la ligne politique tracée, les perspectives tracées qui, aujourd’hui, sont le fondement d’une nouvelle politique."
Un changement de cap revendiqué chez EELV jusqu’au Front de gauche. Mais quelle voie choisira le président? "Il faut qu’il renoue avec les partenaires de gauche qui ont fait son élection, et qui ont été déterminants pour sa victoire, martèle Marie-Noëlle Lienemann. On l’a vu avec l’amnistie sociale, proposée par le Front de gauche et dont il n’a pas voulu: il ne fait pas grand-chose pour rassembler son camp. Il faut absolument qu’il mette le cap à gauche."
Le changement de gouvernement serait donc pour maintenant? Pour Noël Mamère, c’est "la seule question" qui pourrait susciter l’intérêt lors de cette conférence de presse. Mais pas n’importe comment: "changer quelques têtes à Bercy ne règlera rien", prévient-il. Pour Marie-Noëlle Lienemann, il n'est envisageable qu'à une condition: "le remaniement doit être la conclusion d'un changement de politique".

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