lundi 13 mai 2013

Cahuzac provoque encore le Parti socialiste


 Il a parcouru, tout sourrire, le marché de Villeneuve-sur-Lot. L'hypothèse d'un retour de l'ex-ministre, qui laisse planer le doute sur sa candidature aux législatives partielles, sème le trouble à gauche.

Un petit tour de piste. Pour voir, sentir le vent, prendre la température. L'ancien ministre du Budget, qui laisse planer le doute sur sa candidature aux législatives partiellesde juin dans le Lot-et-Garonne, s'est offert une première apparition publique depuis sa démission le 19 mars, en déambulant samedi sur le marché de Villeneuve-sur-Lot. Veste et pull sombres, chemise blanche immaculée, il a serré des mains et discuté avec ses anciens administrés. Tout sourire.
L'hypothèse d'un retour du «parjure» - selon les mots d'Harlem Désir - alors que le parti vient de désigner un candidat pour se présenter en juin dans l'ancienne circonscription de Cahuzac, glace le sang des élus et responsables de la majorité. Ils avaient déjà été traumatisés par la déflagration politique et médiatique ayant suivi les aveux de l'ancien ministre, qui a reconnu détenir un compte à l'étranger. «Si Jérôme Cahuzac se présentait, ce serait l'aboutissement de la dérive d'un homme qui n'a plus de projet que personnel, tacle le porte-parole des députés socialistes, Thierry Mandon. Car se présenter en candidat libre, c'est n'avoir ­comme projet politique que soi-même.» «C'est un soldat perdu, abonde un intime du chef de l'Etat. Cet homme l'a montré, il est capable d'à peu près tout. Là, on touche le fond.» Soucieux de ne pas pâtir encore d'un énième rebondissement de cette «affaire Cahuzac» qui a semé le désarroi chez les électeurs de gauche, les responsables socialistes prennent soin d'installer un véritable cordon sanitaire entre le ministre déchu et eux. «S'il se présente et s'il est élu, il ne siégera pas au groupe PS à l'Assemblée, rappelle ainsi Mandon. Et je ne sais pas quel groupe l'accueillera. Il sera seul.» «Cahuzac n'a plus sa place à l'Assemblée, renchérit l'un des porte-parole du PS, le député Eduardo Rihan Cypel. Je veux croire qu'il renoncera à briguer un nouveau mandat de député. N'anticipons pas sur une décision qui n'est pas prise.»
« Si Jérôme Cahuzac se présentait, ce serait l'aboutissement de la dérive d'un homme qui n'a plus de projet que personnel. »
Thierry Mandon, le porte-parole des députés socialistes
Chez les socialistes, on insiste sur une «dérive personnelle», laquelle ne saurait entacher la majorité tout entière. «Cette candidature, si elle se confirme, est une mauvaise idée pour lui, mais c'est totalement neutre pour la majorité, veut croire un très proche du chef de l'État. Le mal a déjà été fait à gauche. Aujourd'hui, ce qui se joue, c'est un naufrage personnel.» «Les Français n'estiment pas que nous sommes responsables de ce qu'il a fait», renchérit Jean-Christophe Cambadélis, qui ne croit pas que l'ancien ministre, «qui a déjà fait beaucoup de bêtises», fera celle de «faire monter le Front national». Pour le député de Paris, l'ancien ministre fait mine de tergiverser pour montrer qu'il garde une «capacité de nuisance».
De son côté, le président de l'Assemblée, Claude Bartolone, «déconseillerait» à Jérôme Cahuzac de présenter sa candidature à la députation. Mais il a précisé dimanche sur France Inter que cette décision lui revenait, dès lors que la loi ne pouvait l'en empêcher. «C'est un combattant, et je pense qu'il ne reviendrait pas à l'Assemblée simplement pour rester sur un siège de député. Il a besoin de se fixer des objectifs. Moi, mon avis, c'est qu'il va changer de vie», a-t-il poursuivi.
Localement, l'hypothèse d'une candidature sans étiquette est jugée «hallucinante». «Jérôme Cahuzac ne représente que lui-même. (…) Il vient chercher une légitimité qu'il n'a plus», a jugé dimanche sur BFMTV le chef d'entreprise Bernard Barral, qui vient d'être investi par le PS dans la circonscription de l'ancien ministre. «Tout le monde reconnaît le travail qu'il a fait en tant que maire et en tant que député, mais il a avoué une faute qu'il a lui-même qualifiée d'inexcusable, a-t-il ajouté. Le retrouver aujourd'hui sur le marché (…),je trouve ça un petit peu gonflé.»

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