lundi 29 avril 2013

Austérité : la question de la relation franco-allemande trouble les socialistes


Après l'Elysée et Matignon, ce sont les ministres eux-mêmes qui ont recadré le Parti socialiste et Claude Bartolone. Pourtant, le président de l'Assemblée compte encore quelques soutiens. 

Angela Merkel et François Hollande lors de la célébration des 50 ans du traité franco-allemand à Berlin, le 22 janvier 2013. 
Le Parti socialiste s'est mis tout seul en ébullition. En préconisant, vendredi 26 avril, "l'affrontement démocratique" avec l'Allemagne pour assouplir les politiques d'austérité en Europe, la majorité a déclenché une avalanche de critiques de la droite, mais pas seulement. Ce dimanche, ce sont Manuel Valls et Michel Sapin qui sont montés au créneau. Recadrés, Jean-Christophe Cambadélis et Claude Bartolone persistent et signent. Retour sur un week-end politique mouvementé à gauche. 

1L'exécutif recadre le PS

A peine sa charge contre "l'intransigeance égoïste" d'Angela Merkel rendue publique, le Parti socialiste est sommé de reculer. "On a eu le texte jeudi soir très tard et nous avons tout de suite réagi"confie au Journal du Dimanche un membre de l'équipe de Jean-Marc Ayrault, qui confirme au passage avoir transmis le texte à l'Elysée. Le chef de l'Etat fait aussi redescendre ses exigences. 
Dans l'après-midi, le Premier ministre tweete, en allemand et en français : "On ne résoudra pas les problèmes de l'Europe sans un dialogue intense et sincère entre la France et l'Allemagne." Et parle d'une relation "indispensable"
Au final, toutes les mentions explicites à la Chancelière allemande sont gommées. Et le texte comporte désormais la phrase suivante : "Nous voulons redonner toute sa valeur, toute sa force et tout son sens à l’amitié franco-allemande." 

2Les ministres montent au créneau 

Dimanche 28 avril, deux ministres de poids en remettent une couche. Dans une interview accordée au Parisien, Manuel Valls appelle ses camarades à la responsabilité. "Oui pour un débat avec l’Allemagne, [...] En revanche, l’affrontement avec l’Allemagne, c’est non", assène le ministre de l'Intérieur qui s'en prend également violemment à Claude Bartolone. 
Le président socialiste de l'Assemblée avait appelé à la "confrontation" avec Berlin. Des"propos irresponsables, démagogiques et nocifs", tacle Manuels Valls qui souligne le risque de "renforcer les populismes qui gagnent l’Europe".
Invité d'Europe 1, Michel Sapin, le ministre du Travail, va dans le même sens et averti : "Si un pays se replie sur lui-même, l'Allemagne sur elle-même ou la France sur elle-même, ça abourtira au pire." 
(Europe1)

3Des voix discordantes persistent

Claude Bartolone lui-même pour commencer. Attaqué par ses camarades, il publie sur son blog une note intitulée "Tempête dans un verre d'eau" et qui commence par la définition de la confrontation donnée par le Larousse : "action de rapprocher des choses, de les comparer en les opposant." Et de renvoyer les ministres critiques dans les cordes : "Que les ministres qui s’offusquent des positions émanant des parlementaires, se concentrent un peu moins sur le commentaire de celles-ci et un peu plus sur l’état d’avancement de leurs dossiers." Il leur demande également de s'habituer à ces prises de parole des élus de la majorité, qu'il appelle "au courage" avec cette promesse "moi, je ne me tairai plus".
C'est sur son blog également que Jean-Christophe Cambadélis, le secrétaire national du PS chargé des relations internationales qui a piloté la rédaction du texte incriminé, réplique et dénonce "une certaine hypocrisie française""Tout le monde sait que le texte de la convention est cohérent, charpenté, [...] et ne serait se réduire aux formules déjà gommées", scande le député de Paris qui estime que "tout le monde joue à se faire peur". Lui aussi parle de sang froid tout en réitérant : "Le Parti socialiste veut la réorientation de l’Europe et ne cédera pas aux postures hypocrites et surjouées."
Enfin, Razzy Hammadi, secrétaire national du Parti socialiste au service public, soutient"les formules de Claude Bartolone [qui] sont frappées du bon sens de la gauche." Et ouvre une nouvelle brèche en s'interrogeant sur le fait que les textes du Parti soient "soumis à amendement direct par le gouvernement".

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