mardi 5 mars 2013

Le président vénézuélien Hugo Chavez est mort

Le président vénézuélien Hugo Chavez à Caracas le 9 octobre 2012.
Le président vénézuélien Hugo Chavez à Caracas le 9 octobre 2012.
(JORGE SILVA / REUTERS)

Le président vénézuélien Hugo Chavez est mort. Le vice-président du pays, Nicolas Maduro, l'a annoncé mardi 5 mars. Au pouvoir depuis 1999, el Presidente était atteint d'un cancer, diagnostiqué en 2011. Opéré à quatre reprises depuis l'annonce de sa maladie, son état s'était dégradé ces derniers jours.
Héros pour les uns, provocateur populiste pour les autres, l'homme d'Etat n’a jamais laissé indifférent. Retour sur les multiples visages de Chavez, à travers quatre étapes qui résument son parcours.  
Un révolutionnaire qui a connu la prison
Le sang révolutionnaire ne coulait pas dans ses veines : s'il avait écouté sa mère, Hugo Rafael Chavez Frias, né dans une famille d’enseignants à Sabaneta, une petite ville de l’ouest du pays, serait devenu prêtre. Mais, adolescent, il se passionne pour l’histoire du Venezuela, et particulièrement pour la vie et l’œuvre de Simon Bolivar. Ce héros national, surnommé El Libertador ("le Libérateur"), restera un modèle pour Chavez jusqu’à la fin de ses jours. En juillet 2012, il dévoile ainsi en grande pompe un nouveau portrait du général. "Une version ultraréaliste, en 3D, obtenue d'après l'analyse des ossements du crâne du héros national", note Slate.fr

Après avoir intégré l’armée nationale à 17 ans, Hugo Chavez poursuit sa formation à l’Académie vénézuélienne des sciences militaires. C’est là qu’il développe, avec d'autres cadets, une doctrine de gauche nationaliste, dans la lignée du bolivarisme. Son idéologie est inspirée des idéaux progressistes de Bolivar (justice sociale, indépendance, solidarité latino-américaine…), mais aussi de la pensée des socialistes et communistes sud-américains, comme Fidel Castro, le leaderpanaméen Omar Torrijos, le président péruvien Jean Velasco Alvarado ou encore le révolutionnaire Che Guevara. 
En 1992, Chavez passe de la théorie à la pratique : le Mouvement révolutionnaire bolivarien 200 (MRB 200), qu'il dirige, tente de renverser le président Carlos Andrés Pérez. Le putsch échoue, Chavez finit en prison. Il sera libéré en 1994, gracié par le président Rafael Caldera.
Un président démocratiquement élu et réélu
Sorti de prison, Hugo Chavez opte pour la voie démocratique et fonde un parti politique socialiste, le Mouvement Cinquième République. En 1998, il remporte l’élection présidentielle, et fait adopter l'année suivante une Constitution bolivarienne. Réélu en 2000 et 2006, il apprend à séduire les masses : il faut être proche des gens, convaincre, incarner de façon très personnelle le pouvoir. Très vite, il met les médias au service du culte de sa personne. Ayant un vrai sens du spectacle, le charismatique Chavez devient lui-même animateur de télévision dans l’émission Alo, Presidente.



Ce show dominical est diffusé pour la première fois en mai 1999. Le président y raconte des histoires, chante, moque ses ennemis ou annonce des décisions politiques.

Ses adversaires évoquent bientôt une dérive autoritaire. On le surnomme "Hugo Boss". L’ex-putschiste devient à son tour la victime d’une tentative de coup d’Etat en 2002, racontée dans le documentaire La révolution ne sera pas télévisée. Destitué et emprisonné par les opposants au régime et des membres de l’armée, il est libéré après quelques jours.
Chavez essuie son seul échec lors d’une consultation du peuple en 2007, quand les Vénézuéliens rejettent une réforme constitutionnelle supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux par personne. Cette limitation est abrogée lors d'un autre référendum deux ans plus tard, ce qui permet au président d'être réélu en octobre 2012. "Merci à mon people aimé ! Vive le Venezuela ! Vive Bolivar !" remercie Chavez sur Twitter.
Gracias a mi amado Pueblo!!! Viva Venezuela!!!! Viva Bolívar!!!!!
Un socialiste accro aux pétrodollars
Ses réélections, il les doit largement au soutien populaire des plus défavorisés. Après le coup d’Etat avorté de 2002, Hugo Chavez inaugure une série de programmes sociaux, les "missions" (lien en espagnol) pour renforcer sa popularité. Il crée des dispensaires pour les pauvres avec des médecins cubains. Il se donne pour objectif d'éradiquer l'analphabétisme et de faciliter l’accès à l’université. Il entame une redistribution des revenus pour offrir un toit et de la nourriture aux plus démunis. Tout cela en s’appuyant sur ses pétrodollars. Le pays est en effet devenu le premier producteur mondial de pétrole et, comme le notait l'an dernier le blog Regards latinos du Figaro, il "n’a jamais été aussi dépendant du pétrole, dont la part dans les exportations est passé de 80 à 95%".
Le succès de ces missions devient l’un des piliers de la popularité de Chavez. Pourtant, derrière cette vitrine socialiste se cachent plusieurs échecs. La répartition des richesses n'a pas connu de modification profonde. Le pays sombre dans l'insécurité et l’inflation, comme le relate Le Monde. La réputation du héros de l'anti-impérialisme, qui a entamé une vague de nationalisations dès 2009, est entachée par des accusations de népotisme, explique The New York Times (en anglais). Après l’ascension de Hugo Chavez à la tête de l’Etat, son père est devenu gouverneur de l’Etat de Barinas et ses frères ont décroché des postes importants dans la vie politique et économique du pays. 
Un populiste obsédé par l'hégémonie américaine
Qu’il qualifie George Bush d'âne, chasse des ambassadeurs “yankees” de Caracas ou mette en doute la version officielle des attentats du 11-Septembre, on se souviendra de Hugo Chavez comme l'un des principaux contestataires de la puissance américaine. 

Un populiste obsédé par l'hégémonie américaine
Qu’il qualifie George Bush d'âne, chasse des ambassadeurs “yankees” de Caracas ou mette en doute la version officielle des attentats du 11-Septembre, on se souviendra de Hugo Chavez comme l'un des principaux contestataires de la puissance américaine. 

Il pousse même la critique jusqu’à affirmer que les "Américains [lui] ont inoculé le cancer" . A contre-courant de ses prédécesseurs, Hugo Chavez se pose comme le promoteur d’un nouvel ordre mondial multipolaire, défiant l’hégémonie américaine. Sur le plan économique, cela se traduit par une coopération étroite avec Cuba, par des accords de libre-échange avec d’autres Etats d’Amérique latine et enfin par unrapprochement avec la Chine et la Russie, comme l'explique Le Figaro.
Hugo Chavez n'a jamais hésité à soutenir les opposants idéologiques des Etats-Unis. En 2009, il salue ainsi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, son "frère", à la présidence de l'Iran. Il apporte son soutien au Libyen Mouammar Kadhafi ou au Syrien Bachar Al-Assad. Son antiaméricanisme était-il inébranlable ? Pas tout à fait. Chavez a su faire preuve de pragmatisme, ne suspendant jamais ses livraisons de pétrole aux Etats-Unis. Un héritage qui risque d'être difficile à assumer pour son successeur.



Aucun commentaire: