jeudi 21 février 2013

Nicolas Sarkozy élevé au rang de mythe par ses "Amis"

Selon les organisateurs, plus de mille personnes ont participé au colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, organisé à la Maison de la Chimie, le 20 février 2013, à Paris.
Selon les organisateurs, plus de mille personnes ont participé au colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, organisé à la Maison de la Chimie, le 20 février 2013, à Paris.
(MAXPPP)

Une grande salle, près de 1000 participants, et un nom qui revient sans cesse. Nicolas Sarkozy est cité à chaque minute du colloque organisé par l'association des Amis de l'ancien président, mercredi 20 février à Paris. Le principal intéressé est pourtant absent de cette réunion où la grisonnante assistance est venue comprendre pourquoi la politique étrangère du dernier quinquennat était inégalable. Pour ses partisans, Nicolas Sarkozy est devenu plus qu'un leader populaire, presque un mythe. Il s'est transformé en une idée galvanisante qu'ils brandissent comme un étendard. En voici l'illustration, à travers quelques moments forts du colloque.

Claude Guéant : "A cette époque, la France existait" 

Dès le début de cette grande réunion, c'est un récit épique qui ouvre la célébration. Un clip vidéo de cinq minutes compile les grands succès internationaux du quinquennat Sarkozy : la libération des infirmières bulgares et d'Ingrid Betancourt, la guerre en Libye ou la présidence de l'UE. Chaleureusement applaudis, ces épisodes marquants sont salués un à un par les intervenants qui se succèdent à la tribune. "A cette époque, la France existait, et nous en sommes toujours fiers", résume Claude Guéant, l'ex-ministre de l'Intérieur, la voix légèrement chevrotante d'émotion.
Chacun de ces moments heureux est directement attribué à l'action du chef de l'Etat. Claude Guéant n'utilise d'ailleurs que la troisième personne du singulier : "il a agi", et non "nous avons agi". Toutes les failles ne sont pas pour autant passées sous silence."Nous n'avons pas tout réussi", concède Henri Guaino, ex-conseiller spécial du président, mais en utilisant la première personne du pluriel cette fois, avant de se reprendre : "Mais Nicolas Sarkozy a tout essayé."
Certains épisodes sont même intégrés à la geste sarkozyste. La libération de Florence Cassez ? C'est grâce à ses interventions répétées. La réussite de l'A380 ? C'est son œuvre. La crise traversée en France mieux que dans d'autres pays ? C'est d'abord grâce à sa politique. La création du G20 ? C'est encore lui.
L'ex-otage colombienne des Farc, Ingrid Betancourt, à la tribune du colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, le 20 février 2013 à Paris. A g., l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.
L'ex-otage colombienne des Farc, Ingrid Betancourt, à la tribune du colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, le 20 février 2013 à Paris. A g., l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.
(MAXPPP)
Et qui de mieux alors pour raconter cette épopée que des témoins directs de l'histoire. Invitée surprise, Ingrid Betancourt explique au micro comment le président a reçu ses enfants, comment il leur a promis de libérer leur mère détenue par les Farc, et comment il a tenu parole.

Marie, sympathisante : "Il est l'héritier de De Gaulle"

Plus que de grands jalons historiques, ce qui a été célébré à la Maison de la Chimie, c'est l'idée que Nicolas Sarkozy, c'est la France, la vraie. "Nicolas Sarkozy a porté cet idéal humain qui est celui de la France, celui des droits de l'homme et du citoyen", analyse Henri Guaino. Dans l'assistance, un Comorien déclare son "amour" à l'ancien président.
Une flamme partagée par Marie, pimpante sexagénaire. Entre elle et Nicolas Sarkozy,"c'est devenu affectif". Cette " admiratrice de longue date" est venue "le soutenir même s'il n'est pas là", parce qu'il a " beaucoup fait pour la France, celle de De Gaulle, dont il est l'héritier".
Cette comparaison avec l'homme de l'appel du 18 Juin revient également dans les propos de la plupart des personnalités politiques présentes. Un mythe vient en appuyer un autre. "De Gaulle ? Faut quand même pas exagérer, tempère Michel, 69 ans, pourtant sarkozyste de la première heure. C'est un grand homme, mais c'est pas le général." Hors de question, de toute façon, de faire de cette réunion "un cénacle de la nostalgie", selon Henri de Raincourt, ancien ministre de la Coopération. Ce dernier estime simplement qu' "il faut être prêt à promouvoir l'idéal que Nicolas Sarkozy a suivi".

Jean-François Copé : "Les Français mesurent ce qu'il a fait pour son pays"

"C'est une parole qui résonne au fond de nos cœurs." Le député de l'Oise Olivier Dassault renforce le mythe en déclamant, comme de saintes écritures, un extrait du discours de victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. C'est bien une résurrection qu'attendent de nombreux membres de l'assistance. "Il faut absolument qu'il se présente en 2017, réclame Gisèle, septuagénaire stricte dans son tailleur. Moi j'y crois ! Parce qu'Hollande, c'est n'importe quoi !"
Dans la même veine, Christian Estrosi, ex-ministre chargé de l'Industrie, cible l'exécutif actuel : "Notre pays, terre d'accueil, est devenu terre d'écueil." Les comparaisons entre la présidence de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande rythment les discours, provoquant sourires et huées. "Chaque jour qui passe, les Français mesurent combien François Hollande leur a menti, avance Jean-François Copé. Et chaque jour qui passe, les Français peuvent mesurer ce que Nicolas Sarkozy a fait pour la France et l'Europe."
Jean-François Copé, président de l'UMP, lors du colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, le 20 février 2013 à Paris.
Jean-François Copé, président de l'UMP, lors du colloque des Amis de Nicolas Sarkozy, le 20 février 2013 à Paris.
(PATRICK KOVARIK / AFP)
En terminant son intervention sur un "Regardez la différence", Henri Guaino a résumé l'intention des ténors de l'UMP à l'origine de cette réunion. En misant sur une nostalgie sarkozyste fédératrice, ils éloignent le spectre de la division entrevue lors de la guerre Fillon-Copé. Mais ils se risquent aussi à la création du mythe d'un président idéal, dont il sera difficile d'assurer la succession. A moins qu'un jour, le mythe ne se décide à descendre de son piédestal, et à retrouver son statut de candidat.

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