vendredi 22 février 2013

La démission de Benoît XVI n'est pas due à un «lobby gay»



Le Pape Benoit XVI avant un entretien avec le président Sri Lankais, Mahinda Rajapakse, en Juin 2012.
Le Pape Benoit XVI avant un entretien avec le président Sri Lankais, Mahinda Rajapakse, en Juin 2012. Crédits photo : Max ROSSI/AFP


 La thèse selon laquelle la démission du Pape serait liée aux «révélations» contenues dans un rapport secret remis par des cardinaux est une absurdité.

Les Italiens appellent cela une «pana montata», une crème montée. L'article de la Repubblica du 21 février, quotidien italien de gauche, signée par Concita de Gregorio, ancienne directrice de L'Unita (le quotidien communiste), laissant entendre que Benoît XVI aurait démissionné parce qu'il aurait découvert l'influence d'un «lobby gay» au Vatican est effectivement une construction, séduisante -elle fait sensation aujourd'hui en France - mais elle est aussi absurde que fausse.
Pour deux raisons: la première est que l'existence de personnes de sensibilité homosexuelle dans l'Église, et par conséquent au Vatican, n'est pas un secret. C'est même une réalité comme partout, ni plus, ni moins. L'Église demande aux prêtres le célibat sacerdotal et la chasteté mais elle respecte la personnalité de ceux qui désirent vouer leur vie au Christ, au service de l'Église.
Ce qui n'empêche pas les rumeurs sur le poids d'un «lobby gay» au Vatican. Depuis une trentaine d'années, deux cas de ce genre sur deux mille personnes travaillant au Vatican ont défrayé la chronique. Ils ont toujours été traités dans la catégorie faits divers de la presse italienne car ces faits s'étaient déroulés dans le cadre de la vie civile.

Une absurdité

Avant de devenir Pape, Benoît XVI fut Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi pendant vingt-cinq ans. Il a donc toujours été parfaitement informé de ce genre de problèmes car ils étaient de son ressort. Il serait donc vraiment le dernier a en être surpris aujourd'hui.
Affirmer ainsi que cette soi-disant «découverte» l'aurait conduit à démissionner est vraiment absurde. Une telle affirmation signe plutôt une méconnaissance profonde de la réalité du Vatican.

La seconde raison touche au fameux rapport interne rédigé par trois cardinaux et cité dans l'article. Il contient les résultats d'une enquête qui fut commandée le 25 avril 2012 par Benoît XVI lui même à trois cardinaux de confiance à la suite des fuites de documents secrets du Vatican dans la presse. Personne à l'époque ne soupçonnait le majordome qui fut arrêté le 25 mai. Il fût mis en procès mais l'enquête des cardinaux continua parce que le Pape voulait comprendre comment ces fuites avait pu se produire et de quel malaise elles étaient révélatrices. Les trois cardinaux remirent leur rapport au Pape le 17 décembre 2012.

De la déduction

Contrairement à ce que la Repubblica laisse supposer, personne n'a lu ce rapport qui contiendrait la fameuse révélation sur le lobby gay.La journaliste a repris une information publiée dans la revue Panorama qui a pu, effectivement, interroger non pas l'un des trois cardinaux enquêteurs, mais l'un des multiples employés du Vatican qui ont été questionnés par les cardinaux. Lequel, anonyme, aurait affirmé avoir parlé de ce lobby gay. D'où, la déduction de la journaliste - non vérifiée, personne n'a accès à ce texte: ce rapport parlerait d'un lobby gay.
Et même si ce rapport évoque ce sujet - qui est l'un des multiples problèmes de fonctionnement du Vatican - il ne peut être l'élément déclencheur d'une décision de démission du Pape parce qu'il a été remis huit mois après que Benoît XVI ait pris la décision de se retirer.
C'est au retour de son voyage au Mexique et à Cuba (23-29 mars 2012) que Benoît XVI, littéralement épuisé, a pris cette décision de donner sa démission. Donc en avril 2012. Tenue longtemps secrète, moins de cinq personnes étaient au courant, il a attendu pour la rendre publique d'honorer tous ses engagements: voyage au Liban en septembre, fin de l'affaire Vatileaks (avec le procès, puis la grâce accordée à Paolo Gabriele le 22 décembre 2012), lancement de l'année de la foi et synode sur la nouvelle évangélisation en octobre, publication du dernier tome de son livre sur Jésus, le 21 novembre, cérémonies de Noël et audiences protocolaires de début d'année en janvier 2013.

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