Depuis des années, rumeurs et sous-entendus circulaient parmi les journalistes et dans la presse sur la sexualité débridée (légale, et entre personnes consentantes) de DSK. Et pour en parler sans en parler, toute la boite à outils du journaliste a été mise à contribution: utilisation du off ("surtout, vous ne me citez pas"), usage des synonymes ("partouzer" devient "dîner dans un club échangiste"), récits énigmatiques qui racontent des scènes sans donner les noms (tout en faisant courir le bruit), et menaces de sortir des "dossiers" (sans que l'on sache comment s'appelle Mademoiselle Dossier).
Si les faits rapportés de façon plus ou moins directe depuis des années n'ont rien à voir avec les faits reprochés à DSK par la justice américaine (entre sexualité débridée et tentative de viol, il y a une limite qui s'appelle la loi), ils questionnent sur les rapports entre les journalistes, les politiques, le sexe et le respect de la vie privée. Dans la période récente, le premier à avoir dégainé des sous-entendus sur DSK est Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de L'Express. En septembre 2009, dans un éditorial vidéo mis en ligne sur le site de L'Express.fr, Barbier expliquait pourquoi il ne croyait pas à une candidature de DSK en 2012 : "Un combat perdu d'avance (...) car la droite se déchaînerait et débloquerait tous les dossiers qui peuvent exister dans ses cartons sur l'ami Dominique Strauss-Kahn", expliquait-il à l'époque.
La droite aurait des dossiers, oui mais lesquels?Sur Lepost.fr, Bruno Roger-Petit s'était étonné de cette rumeur lancée par Barbier : "J'ai souvent entendu bien des gens évoquer ces «dossiers» qui concernent DSK, dans des conversations «off», des déjeuners en ville. Personne ne m'a jamais dit ce qu'il y avait dedans. Mais la rumeur tourne depuis des années. DSK? «Les dossiers». Strauss-Kahn? «Les dossiers» (...) Pourquoi ne me dit-on jamais ce qu'il y a dans ces dossiers? Pourquoi suis-je exclu de ces révélations? Pourquoi ce silence? N'ai-je donc point le droit de savoir moi aussi ?" |
| A l'époque, on n'avait jamais su. Mais quinze jours plus tard, la deuxième partie de la fusée DSK-dossier était lancée dans un livre sur le PS, intitulé Hold-uPS, arnaques et trahisons. Dans ce livre consacré aux fraudes supposées au congrès de Reims du PS, les journalistes Karim Rissouli et Antonin André citaient page 125 des propos tenus par Frédéric Lefebvre, alors chef de cabinet du président de l'UMP Nicolas Sarkozy. A l'automne 2006, il se serait vanté auprès des deux auteurs du livre d'être en possession de photos compromettantes de DSK. Concernant son éventuelle candidature à l'Elysée, il déclarait que DSK "ne tiendrait pas une semaine". "On a des photos, elles existent! On les fera circuler, ça ne plaira pas aux Français!", assurait-il. | ![]() |
Suite à la publication du livre et de la note de Roger-Petit en septembre 2009, Lefebvre avait démenti avoir tenu de tels propos. Si L'Express.fr assure que "les auteurs du livre Hold-uPS, arnaques et trahisons, affirment que ces clichés mentionnés existent véritablement, citant le témoignage d'une attachée de presse qui les aurait vus", Lefebvre était catégorique : "Je n'ai pas lu le livre et c'est le billet de Bruno Roger-Petit qui m'a appris cette citation inventée. Je n'ai jamais vu de photos et je ne sais même pas de quoi ils parlent. J'ai beaucoup de respect pour DSK (...) Je l'avais d'ailleurs défendu publiquement quand on avait essayé de l'atteindre à travers sa vie privée il y a quelques mois [lors de l'affaire Piroska Nagy au FMI]."
Après ce démentis, les auteurs du livre avaient maintenu leur version tout en relativisant la portée de cette citation : "Frédéric Lefebvre nous a parlé de photos de DSK au cours d'un déjeuner à trois [lui et les deux auteurs du livre], avait précisé Antonin André sur Lepost.fr, tout en ajoutant qu'il y avait "peut-être une part d'intox dans les propos de Frédéric Lefebvre."
Quand DSK "dînait" aux chandelles, un club échangiste
DSK et les rumeurs autour de sa sexualité, c'est une veille histoire.
![]() | Si on remonte un peu plus dans le temps, on trouve aussi les récits de ces soirées dans une boite échangiste dans Sexus politicus, le livre de Christophe Deloire et Christophe Dubois paru en août 2006. Un chapitre entier était consacré à DSK. Il y est question de notes de RG sur des éléments de vie privée "indécents" : "Le député de Sarcelles présente le profil type de Sexus politicus. Son art de la séduction, qui confine chez lui à l'obsession, n'a d'égal que son habileté intellectuelle. Ce qui en fait une cible de choix pour ses adversaires. En 2003, tout juste nommé ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy reçoit de curieux "blancs" relevant du sordide et comportant des éléments de vie privée indécents. Il est en fait particulièrement ému par une note qui vise Dominique Strauss-Kahn. (...) «La note sur DSK a rendu Sarko furieux», confie un des proches du président de l'UMP. L'ancien ministre de l'Economie et des finances de Lionel Jospin aurait de quoi se plaindre. Car les RG ne sont pas les seuls à écrire sur lui. |
| A peu près à la même époque, d'autres policiers s'intéressent à ses allées et venues ; en l'occurrence, des fonctionnaires du "groupe cabarets" de la brigade de répression du proxénétisme. Des informateurs leur susurrent depuis quelque temps que DSK va parfois boire un verre aux chandelles, une boîte libertine située dans le Ier arrondissement de Paris (...) c'est là que le candidat à la présidentielle vient parfois dîner. Un jour, un fonctionnaire du "groupe cabarets" décide d'aller vérifier de ses propres yeux. Ce soir-là, Strauss-Kahn dîne en effet à la table d'à côté. Rentré au bureau, le policier rédigera un rapport, qu'il transmettra à sa hiérarchie de la préfecture de police". | ![]() |
Autre affaire, autre support. Le livre raconte également comment un article du Nouvel Observateur, publié en 2003, aurait suscité la colère de DSK. En juillet 2003, le magazine a publié un encadré dans un dossier consacré à l'échangisme, intitulé "Le ministre est là". D'après Sexus politicus, "le journaliste Hubert Prolongeau y raconte la visite d'un ministre, «un vrai ministre», à une soirée privée libertine. Avant son arrivée, les convives sont impatients. A chaque coup de sonnette, les convives espèrent le voir, fébriles. L'hôte se précipite. Il tarde. Et finalement, le voilà. C'est bien lui, un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. «Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas ?» Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quelques mains, l'habitude sans doute. Le ministre ne s'attarde guère en civilités avant de passer à l'action. Aussitôt, c'est la ruée. Les énergies trop longtemps prisonnières se libèrent, et ces dames se précipitent. La République va-t-elle être en deuil par étouffement ? Mais non. Le malheureux, un temps débordé, maîtrise vite la situation. Sent-il le poids des regards qui convergent vers lui ? Il le cache bien en tout cas. «Tu crois qu'il peut vraiment devenir président ?», murmure une des spectatrices à sa voisine."
Au moment de la publication de l'article en 2003, l'encadré du Nouvel Obs fait jaser. On se demande quel est ce ministre du gouvernement Raffarin. En fait, selon le livre Sexus politicus, "la scène a eu lieu près de deux ans auparavant". Certes, en 2001, DSK n'était plus ministre en raison de sa démission du gouvernement Jospin suite à l'affaire de la MNEF. Mais tout le monde pense à lui et il est "furieux", écrivent les auteurs, "car il sait que son nom est souvent cité en ville, où l'on veut faire croire que c'est de lui qu'il s'agit". Après la publication de cet encadré, DSK aurait eu une conversation musclée avec l'un des patrons du Nouvel Obs.
"L'étrange omerta des médias sur le cas DSK"



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